Les bienfaits de l’huile de chanvre : ce que dit vraiment sa composition
L’huile de chanvre, extraite par pression à froid des graines (chènevis), est une huile alimentaire riche en acides gras insaturés et en tocophérols (vitamine E). Sa composition, documentée par la table Ciqual de l’Anses, permet de distinguer ce que ces nutriments apportent réellement de ce que le marketing leur prête. Voici les chiffres, sans promesse de soin.
Huile de chanvre ou huile de CBD : deux produits distincts
L’huile de chanvre dont il est question ici est une huile de graines, obtenue par simple pression du chènevis : c’est un produit alimentaire et cosmétique, comparable en cela à l’huile de colza ou de noix. Elle ne contient pas de cannabidiol (CBD) en quantité significative, car le CBD se concentre dans les fleurs et les feuilles de la plante, pas dans la graine. L’huile de CBD, elle, est un extrait obtenu à partir de ces parties riches en cannabinoïdes, diluées dans une huile végétale support. Ce sont donc deux produits différents, aux usages différents. Pour comprendre en détail cette distinction et éviter la confusion entre les deux appellations, consultez notre article dédié : huile de chanvre ou huile de CBD. La suite de cet article se concentre uniquement sur ce que révèle la composition nutritionnelle de l’huile de graines de chanvre.
La composition en acides gras de l’huile de chanvre, chiffres Ciqual
Sur le plan énergétique, la fiche Ciqual affiche 3700 kJ, soit 900 kcal, pour 100 g d’huile de chanvre, une valeur calorique attendue pour un corps gras composé à 100 % de lipides, sans eau ni glucides mesurables (moins de 0,5 g/100 g). C’est cette même fiche qui détaille la répartition des acides gras : 10,5 g d’acides gras saturés, 15,1 g d’acides gras monoinsaturés et 74,4 g d’acides gras polyinsaturés pour 100 g. Cette dominante d’acides gras polyinsaturés est la caractéristique la plus marquante de cette huile, nettement plus élevée que dans des huiles comme l’olive ou le colza, où les acides gras monoinsaturés dominent.
Parmi les acides gras monoinsaturés, l’acide oléique représente 13,8 g pour 100 g. Côté saturés, l’acide palmitique (5,74 g/100 g) et l’acide stéarique (2,68 g/100 g) constituent l’essentiel du total. Ce sont des valeurs mesurées avec un niveau de confiance élevé (code A) dans la fiche Ciqual, issue de données fournies par un producteur français (Les Chanvres de l’Atlantique, 2020).
Les deux acides gras polyinsaturés majoritaires sont l’acide linoléique, un oméga-6, à 51,9 g pour 100 g, et l’acide alpha-linolénique, un oméga-3, à 16,6 g pour 100 g. Ce sont deux acides gras dits essentiels : l’organisme ne sait pas les fabriquer et doit les trouver dans l’alimentation. À titre de comparaison, une huile de tournesol classique n’apporte quasiment pas d’acide alpha-linolénique, ce qui distingue nettement le profil de l’huile de chanvre.
La même fiche Ciqual précise que l’acide arachidonique (oméga-6) et le DHA (oméga-3) sont, eux, inférieurs au seuil de quantification (moins de 0,096 g/100 g). Rien d’anormal : l’acide alpha-linolénique apporté par l’huile de chanvre est un précurseur végétal, que l’organisme peut convertir en petite partie en EPA puis en DHA, mais l’huile elle-même n’en contient pas de forme directe, à la différence des huiles de poisson, qui apportent ces acides gras à longue chaîne tels quels.
Un ratio oméga-6/oméga-3 proche de 3 pour 1
En rapportant les deux valeurs Ciqual l’une à l’autre (51,9 g d’oméga-6 pour 16,6 g d’oméga-3), on obtient un ratio d’environ 3 pour 1. Ce chiffre est souvent mis en avant dans la littérature sur les huiles végétales comme un ratio comparativement resserré, l’huile de chanvre figurant, avec l’huile de lin, l’huile de colza ou l’huile de noix, parmi les corps gras qui apportent simultanément des quantités notables des deux familles d’oméga. Ce constat reste d’ordre descriptif : un ratio ne constitue pas en soi un effet mesurable sur la santé, et aucune conclusion clinique ne peut en être tirée à partir de la seule composition d’un aliment.
Vitamine E : des tocophérols qui protègent l’huile de l’oxydation
Au-delà des acides gras, l’huile de chanvre contient de la vitamine E sous forme de tocophérols. Une étude publiée dans la revue scientifique OCL (Oilseeds and fats, Crops and Lipids) indique que l’huile de chanvre contient environ 80 mg de tocophérols pour 100 g, dont près de 92 % sous la forme gamma-tocophérol. Les auteurs précisent que cette teneur contribue à protéger l’huile, riche en acides gras polyinsaturés, de l’altération oxydative après extraction et pendant la conservation. Il s’agit d’un rôle de stabilisation du corps gras lui-même, documenté au niveau de la matière première, et non d’un effet démontré sur l’organisme après consommation.
Les tocophérols appartiennent à la famille des composés dits vitamine E, reconnus en nutrition comme des antioxydants qui limitent l’oxydation des lipides. Cette fonction protectrice, documentée pour l’huile de chanvre par la source citée, explique en partie pourquoi cette huile polyinsaturée peut être conservée sans rancissement immédiat, à condition d’être stockée à l’abri de la lumière et de la chaleur.
Précision utile sur les sources : la fiche Ciqual de l’huile de chanvre ne comporte pas, à ce jour, de valeur chiffrée pour la vitamine E, ce constituant n’entre pas dans la liste des données renseignées pour cet aliment dans la table française. Le chiffre de 80 mg/100 g cité plus haut provient donc d’une publication scientifique consacrée aux huiles de lin et de chanvre, publiée dans la revue OCL, et non de la base Ciqual elle-même. Il est important de distinguer ces deux origines de données plutôt que de les mélanger sous une même étiquette « source officielle ».
Ce que ces chiffres permettent de dire, et ce qu’ils ne permettent pas d’affirmer
Ce que la composition Ciqual autorise à dire est précis et limité : l’huile de chanvre est une source d’acides gras essentiels (oméga-6 et oméga-3) dans un ratio resserré, et une source de vitamine E sous forme de gamma-tocophérol, un antioxydant qui protège la matière grasse elle-même. Ce sont des données de composition, comparables à celles que l’on trouverait pour toute autre huile végétale figurant dans une table de référence.
Ce que ces chiffres ne permettent pas d’affirmer, en revanche, c’est un effet sur une pathologie ou un symptôme précis. Aucune donnée présentée ici ne permet de dire que l’huile de chanvre soigne, soulage ou traite quoi que ce soit : la composition nutritionnelle décrit ce qu’un aliment contient, pas ce qu’il fait à un organisme donné dans des conditions cliniques. Cette distinction, souvent estompée dans la communication commerciale autour des produits à base de chanvre, mérite d’être maintenue clairement.
Pour un usage cosmétique de cette même huile de graines, notamment en application locale sur la peau du visage, voir notre article huile de chanvre visage.
Avertissement : l’huile de chanvre (huile de graines ou de chènevis) est un produit alimentaire et cosmétique, pas un médicament. Elle ne doit pas être confondue avec l’huile de CBD, un produit distinct extrait des fleurs et feuilles de la plante. Le CBD n’est pas un médicament et ne remplace aucun traitement médical ; en cas de question de santé, demandez l’avis d’un professionnel de santé. La vente de produits à base de CBD est interdite aux mineurs.