Usages au quotidien

Crème, baume ou huile de massage au CBD : lire l’étiquette et l’INCI


Publié le 22 août 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026

Volute de crème blanche sur un plan de marbre, spatule en acier et pot en verre sans étiquette

Crème, baume, huile de massage, « pommade » : quel que soit le nom inscrit sur le pot, un produit au CBD que l’on applique sur la peau est vendu en France comme un cosmétique. Il obéit donc au règlement européen sur les cosmétiques, qui fixe ce que l’emballage doit dire, l’ordre dans lequel les ingrédients sont listés et ce que le fabricant a le droit d’annoncer. Cette page sert de guide de lecture : où trouver le CBD dans la liste INCI, quelles mentions doivent figurer sur l’emballage, comment relier un certificat d’analyse au pot que l’on a en main, et ce que la recommandation de l’Agence européenne des produits chimiques sur le CBD pourrait changer pour ces produits.

Quatre noms pour un même statut

Les noms commerciaux désignent surtout une texture. Une crème est une émulsion : une phase aqueuse et une phase grasse stabilisées par un émulsifiant. Un baume est anhydre, sans eau, fait de cires et de corps gras qui figent à température ambiante. Une huile de massage est un mélange d’huiles végétales fluides, choisi pour glisser sous les mains. La « pommade », enfin, est à l’origine une forme galénique de la pharmacie ; sur un produit au CBD vendu en boutique, le mot relève du vocabulaire commercial et ne change rien au statut du produit.

Ce statut découle de la définition posée à l’article 2 du règlement (CE) n° 1223/2009 : un produit cosmétique est destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps « en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles ». Soigner ne figure pas dans la liste. Un produit présenté comme traitant une maladie sort de ce cadre.

La texture se lit d’ailleurs dans la liste des ingrédients : une crème commence en général par « Aqua », un baume par une cire ou une huile, une huile de massage par une ou plusieurs huiles végétales. C’est un premier contrôle simple entre le nom affiché et le contenu réel.

Ce qu’un cosmétique au CBD a le droit d’annoncer

L’article 20 du même règlement interdit d’utiliser le texte, les noms, les marques ou les images d’un emballage « pour attribuer à ces produits des caractéristiques ou des fonctions qu’ils ne possèdent pas ». Les critères communs qui précisent cet article figurent dans le règlement (UE) n° 655/2013. Deux d’entre eux visent directement les produits au CBD. Le premier : une allégation qui fait référence aux propriétés d’un ingrédient ne peut pas laisser entendre que le produit fini possède ces propriétés quand ce n’est pas le cas. Le second : une allégation qui attribue au produit les propriétés d’un de ses ingrédients doit être étayée, par exemple par des données montrant une concentration efficace de cet ingrédient dans le produit.

Concrètement, le mot « CBD » en grand sur un pot n’autorise aucune promesse liée au cannabidiol. Un vocabulaire de soin cosmétique (hydratation, confort de la peau, toucher, texture) reste dans le cadre. Des mots qui renvoient à une douleur, une inflammation, une articulation ou une pathologie de la peau n’ont pas leur place sur un cosmétique, quel que soit le taux annoncé.

Lire la liste INCI, ligne par ligne

L’article 19 du règlement 1223/2009 encadre la liste des ingrédients. Elle est précédée du mot « ingrédients » et rédigée dans l’ordre décroissant du poids de chaque ingrédient au moment où il est incorporé. Les ingrédients présents à moins de 1 % peuvent ensuite être cités dans le désordre. Les compositions parfumantes apparaissent sous le terme « parfum », et un ingrédient sous forme de nanomatériau est suivi de la mention « nano » entre crochets.

Les noms à repérer sont ceux de la nomenclature européenne, consultable dans la base CosIng de la Commission européenne :

  • « Cannabidiol » : la base recense deux entrées, l’une pour le cannabidiol dérivé d’un extrait, d’une teinture ou d’une résine de cannabis, l’autre pour le cannabidiol produit par synthèse. C’est ce nom qui signale un ajout de CBD ;
  • « Cannabis Sativa Seed Oil » : l’huile pressée des graines, que CosIng classe comme émolliente et conditionneur cutané. Une liste qui ne contient que ce nom, sans « Cannabidiol », désigne un produit à l’huile de graines, pas un produit au CBD ;
  • « Cannabis Sativa Leaf Extract », ou des extraits de fleurs : dans CosIng, plusieurs entrées d’extraits de fleurs renvoient à l’entrée 306 de l’annexe II du règlement, qui interdit dans les cosmétiques les stupéfiants des tableaux de la convention unique de 1961, alors que l’extrait de feuilles et l’huile de graines n’y renvoient pas.

Prenons une liste fictive : « Aqua, Caprylic/Capric Triglyceride, Glycerin, Cetearyl Alcohol, Cannabis Sativa Seed Oil, Cannabidiol, Tocopherol, Parfum, Linalool ». On y lit une émulsion (l’eau en tête), une huile support, puis l’huile de graines et enfin le CBD. La position du cannabidiol ne donne pas sa quantité : s’il se trouve sous le seuil de 1 %, il peut être cité à n’importe quelle place après les ingrédients plus concentrés. Seul un chiffre en milligrammes, sur l’emballage ou sur un certificat d’analyse, renseigne sur la teneur. La différence entre l’huile de graines et l’extrait est détaillée dans notre page huile de chanvre ou huile de CBD, et la nature de l’extrait (isolat, spectre large ou complet) dans notre comparatif full spectrum, broad spectrum et isolat.

Les autres mentions de l’emballage, et ce qu’elles permettent de vérifier

Le même article 19 dresse la liste des mentions qui doivent figurer, de manière lisible et indélébile, sur le récipient et l’emballage.

Mention obligatoire Ce qu’elle permet de vérifier
Nom et adresse de la personne responsable (pays d’origine pour un produit importé) Qui répond du produit et détient son dossier d’information
Contenu nominal, en poids ou en volume La base de calcul d’une teneur annoncée en pourcentage
Date de durabilité minimale, ou durée d’utilisation après ouverture (symbole du pot ouvert) La période pendant laquelle le fabricant garantit le produit
Précautions particulières d’emploi Les restrictions propres à la formule
Numéro de lot Le lien entre le pot acheté et un certificat d’analyse
Fonction du produit, si elle n’est pas évidente Ce à quoi le produit est destiné
Liste des ingrédients La présence réelle du cannabidiol

Le numéro de lot est la mention la plus utile pour un produit au CBD. Un certificat d’analyse n’a de valeur que s’il porte sur le même lot que le pot vendu : un document sans numéro de lot, ou daté de plusieurs années, ne dit rien du produit en rayon.

Taux de CBD, certificat d’analyse et seuil de THC

Le règlement cosmétique n’oblige pas à afficher une teneur en CBD. Quand elle est donnée, le chiffre le plus clair est la quantité totale en milligrammes pour le contenant. Un pourcentage seul suppose de connaître le contenu nominal, et l’on ne sait pas toujours s’il est exprimé en masse ou en volume.

Pour le THC, l’arrêté du 30 décembre 2021 prévoit, à son article 1er, III, que la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol des extraits de chanvre, ainsi que des produits qui les intègrent, ne dépasse pas 0,30 %. Une crème formulée avec un extrait est donc concernée. Le certificat d’analyse doit mentionner le THC et pas seulement le CBD ; notre page sur le seuil de THC explique comment lire les résultats « ND » et les limites de quantification.

Sur la fiabilité des étiquettes, la seule étude française de référence porte sur 223 produits achetés en 2022 et 2023 par les centres d’addictovigilance de Lyon, Paris et Montpellier, avec le soutien de la Mildeca. Sa note de synthèse précise que les crèmes cosmétiques ne représentaient que 1 % des échantillons : elle ne permet donc pas de juger les topiques en particulier. Elle établit en revanche qu’un échantillon sur deux seulement portait une composition, et que parmi ceux-là, 19 % avaient une teneur réelle conforme à l’annonce, avec une marge de 20 %.

CBD reprotoxique : ce que l’avis de l’ECHA pourrait changer

En 2025, l’Anses a proposé de classer le cannabidiol comme toxique pour la reproduction de catégorie 1B, avec les mentions H360FD (peut nuire à la fertilité et au fœtus) et H362 (peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel), sur la base d’études chez l’animal. Le 18 mars 2026, le comité d’évaluation des risques de l’ECHA a recommandé une classification harmonisée du cannabidiol comme toxique pour la reproduction pouvant nuire à la fertilité, à l’enfant à naître et aux enfants nourris au sein.

Cette recommandation n’est pas encore applicable. Elle doit d’abord être inscrite par la Commission à l’annexe VI, partie 3, du règlement CLP. C’est cette inscription qui déclencherait l’article 15 du règlement cosmétique : l’utilisation de substances classées CMR de catégorie 1A ou 1B y est interdite, sauf dérogation accordée si plusieurs conditions sont réunies ensemble, dont la conformité aux prescriptions de sécurité des denrées alimentaires, l’absence de substitut approprié et une évaluation favorable du comité scientifique pour la sécurité des consommateurs. Le texte laisse à la Commission quinze mois après l’inscription pour modifier les annexes du règlement cosmétique. À la date de notre vérification, le 8 octobre 2026, les crèmes au CBD restent donc commercialisables, mais leur avenir réglementaire dépend de ces deux étapes.

C’est aussi le seul point de cette page qui touche à la santé : pendant une grossesse, un allaitement, un projet de grossesse ou un traitement en cours, la question d’utiliser un produit au CBD, y compris sur la peau, se pose à un médecin, une sage-femme ou un pharmacien. Nous avons rassemblé les textes disponibles dans notre page CBD et grossesse.

Tolérance cutanée : ce qui a été mesuré

Les données publiées sur la tolérance des topiques au CBD sont rares. Une série d’essais publiée en 2021 dans Clinical and Experimental Dermatology (Maghfour et coll.) a testé par patchs, sur peau saine, plusieurs formules d’un même fabricant contenant du CBD, du palmitoyléthanolamide ou de l’huile de graines de chanvre. Les auteurs n’ont relevé ni irritation ni sensibilisation, et une légère phototoxicité à 48 heures pour un produit à l’huile de graines. Ils soulignent eux-mêmes les limites : un seul fabricant, une peau sans maladie, et une grande hétérogénéité des produits du marché. Ces résultats ne disent rien d’un autre produit, ni d’une peau abîmée.

La grille de lecture avant achat

  • Le mot « Cannabidiol » figure-t-il dans la liste des ingrédients, ou seulement « Cannabis Sativa Seed Oil » ?
  • La teneur en CBD est-elle donnée en milligrammes pour le contenant ?
  • Un certificat d’analyse d’un laboratoire tiers est-il disponible, avec le CBD, le THC et le même numéro de lot que l’emballage ?
  • L’emballage porte-t-il le nom et l’adresse de la personne responsable, le contenu nominal, la date de durabilité ou la durée après ouverture ?
  • Le discours reste-t-il dans le registre cosmétique, sans mot qui renvoie à une douleur ou à une maladie ?

Le même raisonnement vaut pour les soins à l’huile de graines, sans CBD ajouté, que nous traitons dans notre page sur l’huile de chanvre pour le visage.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Le CBD n'est pas un médicament. En cas de problème de santé, de traitement en cours ou de grossesse, parlez-en à un professionnel de santé.