Cadre légal

Effets secondaires du CBD : la notice d’Epidyolex, l’ANSM et l’EFSA


Publié le 24 septembre 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026

Table en bois clair nue avec un verre d'eau et un carnet fermé, chaise vide, lumière froide

Les effets indésirables du cannabidiol ne sont pas une affaire d’impressions d’utilisateurs : ils ont été mesurés, avec un groupe placebo, dans les essais du seul médicament au CBD autorisé dans l’Union européenne, Epidyolex. Sa notice officielle, publiée par l’Agence européenne des médicaments, est la source la plus complète. Nous la croisons avec l’alerte de l’ANSM sur les interactions médicamenteuses, l’avis de l’EFSA de février 2026 et l’avis du comité d’évaluation des risques de l’ECHA sur la reproduction.

Ce que liste la notice d’Epidyolex

Le résumé des caractéristiques du produit d’Epidyolex, à sa rubrique 4.8, donne les effets indésirables les plus fréquents observés chez les patients traités : somnolence (23 %), baisse de l’appétit (21 %), diarrhées (20 %), fièvre (16 %), vomissements (12 %) et fatigue (10 %). Les arrêts de traitement étaient surtout dus à une élévation des enzymes du foie (2 %), à la somnolence (2 %) et à la baisse de l’appétit (1 %).

Le tableau complet des essais contrôlés contre placebo se résume ainsi :

Fréquence dans les essais Effets rapportés
Très fréquent (au moins 1 patient sur 10) Somnolence et sédation, baisse de l’appétit, diarrhée, vomissements, fièvre, fatigue, diminution de l’hémoglobine et de l’hématocrite
Fréquent (de 1 sur 100 à 1 sur 10) Léthargie, crise d’épilepsie, irritabilité, agressivité, nausées, toux, éruption cutanée, pneumonie, infection urinaire, élévation des enzymes du foie (ASAT, ALAT, GGT), élévation de la créatinine, perte de poids

Ces chiffres ont une limite qu’il faut garder en tête. Ils viennent de patients atteints d’épilepsies rares et sévères (syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet, sclérose tubéreuse de Bourneville), souvent des enfants, qui prenaient en même temps d’autres antiépileptiques, à des doses de médicament calculées sur le poids et sous surveillance médicale. Ils décrivent la nature des effets que le cannabidiol peut produire, pas leur fréquence chez un adulte qui achète un flacon en boutique. Pour les produits en vente libre, il n’existe tout simplement pas de données équivalentes.

Le foie, l’effet le mieux documenté

La notice consacre plusieurs pages à l’atteinte hépatique. Dans les essais contrôlés, une élévation de l’ALAT à plus de trois fois la limite normale a touché 12 % des patients sous cannabidiol contre moins de 1 % sous placebo. Le risque dépend de deux facteurs : la dose, puisque ces élévations concernaient 15 % des patients aux doses les plus hautes contre 3 % à la plus basse, et les médicaments associés. Chez les patients qui prenaient aussi du valproate et du clobazam, l’élévation atteignait 23 % ; chez ceux qui ne prenaient aucun des deux, 3 %. Ces élévations apparaissaient généralement dans les deux premiers mois. Environ deux tiers se sont résolues à l’arrêt ou à la réduction du traitement, le tiers restant sans modification de la dose.

C’est aussi le premier point soulevé par l’EFSA. Dans sa mise à jour de février 2026 sur la sécurité du CBD comme nouvel aliment, son panel relève une toxicité hépatique constante chez l’animal et un potentiel hépatotoxique dans les essais humains, en particulier lorsque le CBD est associé à des médicaments. Il cite aussi des incertitudes sur le tube digestif, le système nerveux, la thyroïde et les glandes surrénales, et sur la reproduction. Sa conclusion porte sur trois publics : pour les moins de 25 ans, les femmes enceintes ou qui allaitent et les personnes sous traitement, la sécurité du CBD ne peut pas être établie.

Somnolence, alcool et conduite

La somnolence est l’effet le plus fréquent dans les essais d’Epidyolex : 29 % des patients sous cannabidiol, avec un net effet d’association. Chez les patients qui prenaient aussi du clobazam, une benzodiazépine, la proportion montait à 43 %, contre 14 % sans clobazam. La notice précise que l’alcool et les autres dépresseurs du système nerveux peuvent renforcer cette somnolence, et sa rubrique 4.7 attribue au cannabidiol une influence majeure sur l’aptitude à conduire.

Pour un consommateur, ces deux constats rejoignent deux sujets que nous traitons à part : les études sur le CBD associé à l’alcool, et le risque juridique au volant, qui tient surtout aux traces de THC, détaillé dans huile de CBD et conduite.

Des effets moins connus

La notice mentionne plusieurs effets dont on parle peu en dehors du cadre médical :

  • une baisse moyenne de l’hémoglobine de 0,36 g/dl, et une anémie confirmée en laboratoire chez 27 % des patients traités dans deux des syndromes étudiés ;
  • une hausse d’environ 10 % de la créatinine dans le sang, observée dans les deux semaines suivant le début du traitement, y compris chez des adultes en bonne santé chez qui elle était réversible ;
  • une perte de poids d’au moins 5 % chez 21 % des patients aux doses les plus hautes, contre 7 % à la plus basse ;
  • des pneumonies chez 6 % des patients traités contre 1 % sous placebo ;
  • des idées et comportements suicidaires, risque commun à l’ensemble des antiépileptiques, que les données disponibles n’excluent pas pour le cannabidiol.

La bouche sèche, souvent citée sur les forums, ne figure pas dans ce tableau.

Les interactions : 17 catégories de médicaments et 58 cas recensés

Le 11 mars 2025, l’ANSM a publié une alerte intitulée « Mélanger CBD et médicaments, ce n’est jamais anodin ». Elle y indique que les centres antipoison ont recensé 58 cas d’interactions entre CBD et médicaments de 2017 à 2023, et que les centres de pharmacovigilance et d’addictovigilance ont relevé 4 cas graves en 2021 et 2022, un nombre qu’elle juge sans doute fortement sous-évalué.

L’agence liste dix-sept catégories, en précisant que la liste n’est pas exhaustive : analgésiques, anesthésiques généraux, antiarythmiques, anticoagulants, hypolipémiants, antidiabétiques oraux, hormones thyroïdiennes, immunosuppresseurs, inhibiteurs de la pompe à protons, antibiotiques, antifongiques, myorelaxants, antidépresseurs, antiépileptiques, antipsychotiques, hypnotiques et benzodiazépines, traitement de substitution des opiacés. Elle ajoute que ces interactions peuvent survenir quelle que soit la forme du produit, la fréquence de consommation et l’ancienneté de la prise.

La notice d’Epidyolex décrit, elle, des mécanismes mesurés chez l’humain. L’exposition à l’évérolimus, un immunosuppresseur, augmentait d’environ 2,5 fois, ce que la notice attribue à un effet sur un transporteur intestinal, la P-gp. Avec la caféine, l’exposition augmentait de 95 %, ce qui fait du cannabidiol un inhibiteur faible de l’enzyme CYP1A2. Les médicaments concernés et ce qu’il faut demander au pharmacien sont détaillés sur notre page CBD et médicaments.

Grossesse, allaitement, fertilité : l’avis de l’ECHA

La notice d’Epidyolex, rubrique 4.6, signale une toxicité sur la reproduction chez l’animal et des données limitées chez la femme enceinte. Elle demande d’éviter le cannabidiol pendant la grossesse, sauf si le bénéfice pour la mère l’emporte nettement sur le risque pour le fœtus, et de suspendre l’allaitement pendant le traitement. Aucune donnée n’existe sur la fertilité humaine.

Un classement réglementaire est en préparation. Le 18 mars 2026, l’Agence européenne des produits chimiques a annoncé que son comité d’évaluation des risques recommande de classer le cannabidiol comme toxique pour la reproduction, susceptible de nuire à la fertilité, à l’enfant à naître et à l’enfant allaité. Ce classement ne s’applique pas encore : il doit d’abord être inscrit par la Commission européenne à l’annexe VI du règlement CLP. Notre page CBD et grossesse reprend le sujet en détail.

Contre-indication : ce que le mot recouvre

Au sens strict, une contre-indication figure dans la notice d’un médicament. Celle d’Epidyolex en compte deux : l’hypersensibilité au cannabidiol ou à un excipient, et des transaminases à plus de trois fois la limite normale associées à une bilirubine à plus de deux fois la limite normale. Une huile de CBD vendue en boutique n’étant pas un médicament, elle n’a pas de contre-indication officielle. Les situations à risque, elles, sont désignées par les autorités : traitement en cours pour l’ANSM ; moins de 25 ans, grossesse, allaitement et traitement en cours pour l’EFSA ; grossesse et allaitement pour l’ECHA.

La composition du produit ajoute une inconnue. Un flacon peut contenir plus ou moins de CBD que l’étiquette ne l’indique, ou du THC au-delà du plafond légal ; le certificat d’analyse du lot, expliqué sur notre page consacrée au seuil de THC, est le seul moyen de le vérifier.

L’ANSM demande de signaler toute consommation de CBD à son médecin quand on prend un traitement, et d’arrêter le produit puis de consulter en cas de nausées, diarrhées, vertiges, somnolence, fatigue, maux de tête, idées suicidaires ou crise d’épilepsie. Un effet indésirable peut aussi être déclaré directement à l’ANSM.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Le CBD n'est pas un médicament. En cas de problème de santé, de traitement en cours ou de grossesse, parlez-en à un professionnel de santé.